Simandou : l’heure du fer a (presque) sonné

En Guinée, le mégaprojet minier de Simandou semble enfin prêt à livrer ses premières tonnes de fer. Rio Tinto Simfer affiche sa confiance, malgré les difficultés rencontrées en raison d’une intense saison des pluies.

Coup d’envoi en novembre

L’exportation du fer est annoncée pour novembre 2025. Une mise en route progressive, avec une montée en puissance sur 30 mois, qui devrait porter la capacité annuelle à 120 millions de tonnes, en combinant la production de Simfer et celle de Winning Consortium Simandou (WCS), actives respectivement sur les blocs 3 et 4 à Beyla et 1 et 2 à Kérouané.
Dans un premier temps, Simfer expédiera son minerai via les installations portuaires de WCS, le temps de finaliser son propre port. Un partage temporaire des infrastructures qui illustre la complexité logistique du projet.

Fiscalité et raffinerie : les zones grises

Sujet sensible, la question fiscale a occupé une bonne partie des échanges. En réponse aux accusations d’exonérations trop généreuses, Aboubacar Koulibaly, directeur pays de Rio Tinto Guinée, botte en touche : « Nous sommes très transparents. Les chiffres parleront d’eux-mêmes dès le début des opérations. »
Officiellement, la convention de 2014 exonérait Rio Tinto de taxes pendant huit ans. Mais depuis l’arrivée du CNRD au pouvoir, la donne a changé. Selon des sources internes, l’accord renégocié impose désormais un taux de 15 % les 8 premières années, avant de grimper à 25 % par la suite. Quant à la future raffinerie, la prudence reste de mise. Si rien n’est encore acté côté Simfer, WCS, lui, est tenu contractuellement d’en construire une.

Sécurité, migration, emploi local : les défis à venir

Symbole d’un projet aux multiples facettes, Simandou est aussi scruté sur son impact social. À ce jour, 82 % des effectifs de Simfer sont guinéens. Un chiffre que l’entreprise promet de faire évoluer. « Nous allons renforcer la présence locale dans les postes décisionnels et soutenir les PME nationales », assure Chris Aitchison.
Mais l’enjeu sécuritaire reste un point noir. Les autorités alertent sur l’apparition de ghettos de drogue le long du corridor ferroviaire, notamment à proximité de la frontière sierra-léonaise. Le 22 août, un employé d’une société sous-traitante a perdu la vie sur le site minier de SimFer à Beyla, suite à un incident. Une minute de silence a été observée, et Simfer promet une enquête interne ainsi qu’un renforcement des protocoles de sécurité.

Alors que l’Afrique de l’Ouest cherche à valoriser ses ressources sur place, le cas Simandou pose une équation délicate : exporter plus vite ou transformer localement ? Derrière les discours rassurants, les tensions entre actionnaires, les exigences de l’État et les attentes des populations locales annoncent des négociations serrées. La bataille du rail, du port et de la raffinerie ne fait que commencer.

 

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