À Conakry, le Premier ministre guinéen a présenté sa feuille de route pour une transformation en profondeur de l’économie, entre refondation de l’État et valorisation des ressources nationales.
Pari sur l’avenir ou exercice de style ? Ce mercredi 4 juin 2025, le chef du gouvernement guinéen, Amadou Oury Bah, s’est livré à un exercice de transparence peu commun dans les cercles du pouvoir à Conakry. Depuis les salons feutrés du Palais de la Colombe, il a accordé un long entretien à plusieurs médias nationaux et internationaux, détaillant avec méthode les grandes lignes de l’action gouvernementale. Une prise de parole à forte teneur économique, placée sous le sceau de la rigueur, de la redevabilité et de la transformation.
Dans le sillage du président de la transition, le Général Mamadi Doumbouya, le Premier ministre entend impulser un nouveau souffle à l’économie guinéenne. « La transformation économique de la Guinée ne saurait se limiter à un calendrier politique. Elle doit s’inscrire dans la durée », martèle-t-il, assumant une vision de long terme.
Valoriser les ressources, investir dans l’humain
Première brique de cette stratégie : les nouvelles lettres de mission adressées aux membres du gouvernement. Adoptées en Conseil des ministres la veille, elles traduisent une volonté de changement de paradigme. Fini le pilotage à vue. Place à une approche intégrée, où la valorisation des ressources locales, l’industrialisation et le renforcement du capital humain deviennent des priorités.
Pour Amadou Oury Bah, la croissance ne vaut que si elle améliore concrètement les conditions de vie des Guinéens, en particulier des plus vulnérables. « Notre ambition est claire : faire de la Guinée un pays émergent, fort de ses ressources, de ses talents et de sa vision », insiste-t-il.
Mais l’homme fort du gouvernement le sait : les ressources minières, si stratégiques soient-elles, ne suffisent pas. Encore faut-il les encadrer, les transformer localement et en faire un levier de développement industriel. L’assainissement du cadastre minier – chantier engagé – en est une preuve tangible.
Une gouvernance nouvelle génération
La diversification de l’économie est l’autre priorité affichée. L’exécutif souhaite bâtir une économie plus résiliente face aux chocs exogènes, avec une gouvernance « vertueuse, transparente et efficace ». Cela suppose une réforme en profondeur de l’appareil étatique, une cohérence accrue des politiques publiques et une meilleure coordination entre les ministères.
Le Premier ministre appelle à « une synergie des intelligences », insistant sur la nécessité d’une administration mobilisée, compétente et tournée vers les résultats. « Le Président de la République a fixé le cap. Il nous revient d’atteindre les objectifs avec intelligence, pragmatisme et efficience », résume-t-il.
L’après-transition dans le viseur
Au-delà des mots, c’est une méthode que revendique Amadou Oury Bah : celle d’un leadership collectif, d’une action structurée, et d’une vision qui dépasse les échéances politiques. Dans une Guinée en pleine mutation, les discours ne suffisent plus. Il faut convaincre par les actes.
Alors que le pays cherche à stabiliser ses institutions et à reconstruire la confiance, cette sortie du Premier ministre se veut un signal d’apaisement et de responsabilité. Elle rappelle aussi que, pour réussir sa mue économique, la Guinée devra compter autant sur ses richesses naturelles que sur ses ressources humaines.