À Dakar, le boulevard Mamadou Dia remplace celui du général de Gaulle : un symbole fort du tournant national voulu par Diomaye Faye

En cette année du 65e anniversaire de son indépendance, le Sénégal tourne une nouvelle page de son histoire. Le boulevard du général de Gaulle, vestige de l’ère coloniale, a été officiellement rebaptisé boulevard Mamadou Dia, du nom du tout premier chef de gouvernement du pays. Une décision hautement symbolique, prise par le président Bassirou Diomaye Faye, dans un contexte où la volonté de « décoloniser les espaces publics » s’affiche de plus en plus clairement.

Un geste hautement politique

Perchés sur une échelle, deux ouvriers fixent l’écran géant destiné à retransmettre la cérémonie de la fête nationale. Autour, les passants hésitent sur le nouveau nom de l’avenue. « C’est l’avenue du Centenaire », hasarde l’un. « La place de l’Obélisque ? », tente un autre. Pourtant, tous connaissent Mamadou Dia. Comme le rappelle Ndiaga Diouf, témoin des préparatifs, « c’est lui qui a dirigé le premier défilé après l’indépendance. Ils rendent justice à l’histoire. »

Homme d’État discret mais fondamental, Mamadou Dia fut un proche de Senghor avant de tomber en disgrâce en 1962. Il passera douze années en prison. Pour nombre de Sénégalais, lui rendre hommage est une réparation morale. « Il est plus logique de donner nos avenues aux figures de notre propre histoire », résume Youssef, un étudiant dakarois.

Décoloniser l’espace urbain

Selon une étude réalisée en 2019, 60 % des rues de Dakar portent encore les noms de figures françaises, souvent coloniales. Un héritage que la nouvelle génération conteste. Assis devant sa boutique, Pape Dia, retraité, va plus loin : « On est en pleine période de décolonisation. Il faut tout changer. Qu’on mette les noms de nos parents, de nos intellectuels, de ceux qui ont construit ce pays. »

En décembre, le gouvernement de transition avait promis de rebaptiser plusieurs rues et artères à la gloire des héros nationaux. Si aucune liste officielle n’a encore été publiée, cette première annonce donne le ton d’une volonté de revalorisation des figures sénégalaises souvent oubliées ou marginalisées.

L’appel à un renouveau national

Dans son discours à la Nation, le président Diomaye Faye ne s’est pas limité à des gestes symboliques. Il a également lancé un appel solennel aux Sénégalais à s’engager dans une nouvelle ère de responsabilité et de transparence. Alors que le pays est confronté à une dette publique estimée à près de 100 % de son PIB, le nouveau chef de l’État entend rétablir l’équilibre économique et moral du pays.

« Le redressement des finances publiques est une priorité, mais il doit se faire avec le peuple et pour le peuple », a-t-il insisté dans une allocution télévisée suivie avec attention à travers tout le pays.

Par la Rédaction de Dolon Magazine