Le 24 février 2025, l’Afrique du Sud a accueilli la réunion ministérielle du G20 à Johannesburg, une première sur le sol africain. Sous la présidence de Pretoria, ce sommet a mis en lumière les défis et aspirations du continent, notamment en matière de développement durable, de réformes financières et de coopération internationale.
Une présidence africaine sous le signe du multilatéralisme
Depuis sa prise de présidence du G20 en décembre dernier, l’Afrique du Sud a fait de l’inclusivité et de la solidarité internationale ses priorités. Lors de l’ouverture des discussions, le président Cyril Ramaphosa a insisté sur la nécessité de réformer la gouvernance mondiale pour mieux refléter le poids grandissant des économies émergentes.
“L’Afrique ne peut plus être un simple spectateur des décisions qui impactent son avenir. Nous devons renforcer notre voix au sein des institutions multilatérales et rééquilibrer les règles du jeu international”, a-t-il déclaré.
Une position largement soutenue par l’Union africaine, devenue membre permanent du G20 en 2023. L’intégration du continent dans les grandes instances de décision a été saluée comme un tournant majeur, mais les dirigeants africains réclament désormais un accès accru aux financements internationaux et une refonte des institutions financières comme le FMI et la Banque mondiale.
Réformes économiques et dettes : un plaidoyer africain
L’un des grands enjeux de cette réunion a été la question de la dette des pays en développement. L’Afrique du Sud, appuyée par le Nigeria et l’Égypte, a exhorté les créanciers internationaux à adopter des mécanismes de restructuration plus souples et à alléger le poids des remboursements, particulièrement pour les économies fragilisées par les crises successives (Covid-19, inflation, conflits régionaux).
Le ministre des Finances sud-africain, Enoch Godongwana, a insisté sur l’urgence d’une “architecture financière plus équitable” :
“Les pays du Sud sont piégés dans un cycle d’endettement qui limite leurs investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures. Nous avons besoin de solutions innovantes, incluant des financements climatiques adaptés et des annulations de dettes ciblées.”
Face à ces revendications, les représentants des puissances occidentales se sont montrés prudents, proposant plutôt des mécanismes d’allègement conditionnels à des réformes structurelles.
Climat et transition énergétique : l’Afrique veut plus de justice
Autre sujet phare : la transition énergétique. L’Afrique du Sud, premier pollueur du continent en raison de sa dépendance au charbon, a plaidé pour une transition “juste et équitable”, soulignant que les pays en développement ne pouvaient pas porter seuls le coût de l’adaptation climatique.
“Nous ne pouvons pas nous voir imposer les mêmes exigences que les pays développés sans bénéficier des financements et des technologies nécessaires,” a insisté la ministre de l’Environnement sud-africaine, Barbara Creecy.
Cette position a suscité des débats, notamment avec les pays européens qui prônent des engagements plus fermes sur la réduction des émissions. En réponse, plusieurs nations du Sud ont rappelé que les pays industrialisés n’avaient pas tenu leurs promesses de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour aider les économies émergentes à lutter contre le changement climatique.
Tensions géopolitiques et absences remarquées
Si les discussions ont été constructives, des tensions ont également marqué cette rencontre. L’absence des États-Unis, représentés uniquement par des diplomates de second rang, a été perçue comme un signal mitigé de l’engagement de Washington sur le continent. Officiellement, l’administration américaine évoque un agenda surchargé, mais certains observateurs estiment que la position de Pretoria sur la guerre en Ukraine et la crise à Gaza pourrait expliquer cette mise à distance.
De son côté, la Russie, représentée par son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a profité du sommet pour renforcer son rapprochement avec l’Afrique, multipliant les rencontres bilatérales.
Un sommet test pour Pretoria
Cette réunion ministérielle du G20 a permis à l’Afrique du Sud d’affirmer son rôle de porte-voix du continent, mais elle a aussi révélé les défis de son leadership. Entre les attentes des pays africains, les divergences entre puissances mondiales et les enjeux économiques, Pretoria devra naviguer habilement pour faire avancer ses priorités lors du sommet des chefs d’État du G20 prévu en novembre prochain.
Pour l’heure, le message est clair : l’Afrique veut peser davantage dans l’ordre mondial, et elle ne compte plus se contenter de promesses non tenues.