La réconciliation nationale, une exigence du développement

La lutte d’émancipation du peuple de Guinée est synonyme de la volonté d’unité, d’entente et de tolérance de ses fils.

En effet, des peuples différents ont mené ensemble le combat pour l’indépendance et chacun a accepté de bâtir avec les autres une nation, un ensemble qui prospère et qui s’applique à taire ou à transcender les

ressentiments et les dissensions inhérents à la vie en commu- nauté pour donner toute leur force à l’entente et à l’unité. Plus de soixante ans après l’indépendance, le sentiment d’unité na- tionale est encore en friches, parfois il s’érode, envenimé par d’incompréhensibles violences nourries par des conflits à relents ethniques ou politiques. Des incompréhensions qui ont négati- vement impacté l’élan de développement économique national.

En effet, il ne peut y avoir développement tant que des acteurs de la vie nationale rechigneront à prendre place sous l’arbre à palabres, tant que tous ne s’entendront pas sur les points de di- vergence et tarderont à privilégier l’essentiel, c’est-à-dire, ce qui nous unit. Cela est une exigence pour réussir nos ambitions de développement économique et de mieux-être. Comme le dit un proverbe africain « Si tu veux aller vite, marche seul mais si tu veux aller loin, marche à plusieurs.»

Les diversités sociologiques et la multitude de tendances poli- tiques ne peuvent être des freins à la construction d’une nation. Ce sont plutôt des facteurs qui devraient être les levains qui propulsent vers les liens d’unité, des éléments qui enrichissent notre objectif et nos espérances du vivre-ensemble. Il n’y a pas d’autres alternatives pour le développement. Il n’y a point d’autres options que surmonter nos incompréhensions et laisser prospérer notre élan vers l’unité qui mette toutes les filles et fils du pays au travail, et qui n’accorde de récompense qu’aux seuls talents et compétences. Et là seulement, il ne sera point d’obs- tacle que nous ne saurions franchir, point de concurrence que nous ne saurions gagner. « Quand nous ne formerons en Guinée qu’une seule volonté, le monde entier ne pourra nous résister », pour paraphraser et s’approprier cette réflexion d’un monarque du Moyen-âge français,

La Guinée, riche de ses immenses ressources minières et de sa fabuleuse ressource humaine ne franchira pas le Rubicon, tant que ses enfants n’auront de cesse d’exhumer les sagaies, tant qu’ils ne cesseront de retourner le couteau dans les plaies, tant que le pardon ne se sertira pas de l’auréole de la vertu. Les diffé- rents membres de la société doivent s’engager dans le processus de réconciliation nationale afin de créer et d’encenser une base solide pour la paix et la stabilité à long terme. Cela implique pour chaque citoyen de se remettre en cause, reconnaître et s’excuser pour les torts et les injustices faits à autrui. Une démarche qui devrait amener l’État à promouvoir la justice et veiller à la répa- ration des préjudices, et asseoir les bases d’un édifice commun pacifique et tolérant.

Depuis de nombreuses années, la Guinée initie des structures et institutions pour promouvoir la réconciliation nationale et ren- forcer chez chaque citoyen le sentiment d’être un maillon essen- tiel de la chaîne nationale. C’est dans ce sens qu’en 2019, l’État a lancé le “Pacte national de réconciliation”, un document officiel visant à promouvoir la réconciliation et la paix dans le pays. Tout récemment, les Assises nationales ont été initiées par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et qui visaient les grands objectifs d’unité nationale. Même si sur le terrain, on peine à sentir l’impact des travaux de ces forums de dialogue, tous les observateurs s’accordent sur le fait qu’il s’agit là d’un grand pas de fait dans le sillage de la réconciliation. De plus en plus, le citoyen développe le sentiment qu’il peut récla- mer justice et que les violences qu’il subit de la part de l’État ou de ses compatriotes peuvent être punies ou tout au moins recon- nues comme une injustice.

Il est essentiel que la Guinée continue de travailler pour promou- voir la réconciliation nationale et la paix, afin de créer un avenir meilleur pour tous ses citoyens. Cela nécessite la participation de tous les acteurs clés, y compris le gouvernement, les organisa- tions de la société civile et les communautés locales. En travail- lant ensemble et en s’engageant sur les voies de la paix, la Guinée peut espérer bâtir un avenir pacifique et prospère pour tous.

La réconciliation nationale et la paix sont une exigence de déve- loppement. Il n’y a pas de progrès envisageable sans une unité d’esprit qui apaise les rancœurs et privilégie la tolérance et la so- lidarité. Tous les acteurs de la société doivent travailler ensemble pour créer un avenir pacifique pour la Guinée et son peuple.