Patrimoine public : une vision d’avenir sous la conduite de Souadou Baldé »

Dans un contexte de modernisation accélérée de l’administration publique, Souadou Baldé incarne une nouvelle génération de hauts responsables engagés, compétents et rigoureux. À la tête de la Direction Générale du Patrimoine Bâti Public, cette experte en régulation financière et ancienne Vice-Gouverneure de la Banque Centrale déploie une vision exigeante de la gestion des infrastructures de l’État. Entre digitalisation, redevabilité, transparence et inclusion, elle œuvre pour un patrimoine bâti moderne, fonctionnel et durable, au service des citoyens. Dans cet entretien exclusif, elle revient sur son parcours, sa méthode de leadership, ses priorités stratégiques et son message à la jeunesse guinéenne.

« Le patrimoine bâti public est un héritage commun. Le protéger, c’est contribuer à la dignité et au progrès de notre pays. »

DOLON : Qui est Souadou BALDÉ ? Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a conduit à occuper des postes stratégiques ?

Souadou Baldé : Je suis Souadou Baldé, citoyenne guinéenne, contrôleur financier de profession, profondément attachée au service public, animée par la volonté de contribuer à la construction d’institutions solides et durables dans notre pays. J’ai une longue expérience dans la régulation financière et la gestion du service public. Ma carrière a débuté dans l’audit externe avec KPMG Guinée avant d’évoluer vers des responsabilités de contrôle et de pilotage au sein de la Banque Centrale, où j’ai exercé en tant qu’auditrice interne, responsable du contrôle, risk manager, avant d’accéder au poste de Deuxième Vice-Gouverneur en 2021. Je suis la deuxième femme à occuper ce poste à la Banque Centrale de la République de Guinée depuis sa création en 1960. J’ai également eu l’opportunité d’exercer à l’étranger, notamment à l’ONUCI en Côte d’Ivoire sur des projets internationaux ainsi qu’au Canada.

Depuis le 29 mai 2025, j’ai la responsabilité de diriger la Direction Générale du Patrimoine Bâti Public de mon pays, une mission de confiance qui m’a été confiée par Son Excellence le Général Mamadi Doumbouya, Président de la République de Guinée. Ce chemin s’est construit autour de la rigueur dans la gestion publique, de l’intégrité et d’un sens aigu du service à l’État, des valeurs qui me sont chères.
Aujourd’hui, à la tête de la Direction Générale du Patrimoine Bâti Public (DGPBP), je mets cette expérience au service de la protection, de la modernisation et de la valorisation du patrimoine immobilier de l’État.

DOLON : Quelles ont été les principales étapes ou défis qui ont forgé votre style de leadership ?

Souadou Baldé : Chaque étape de mon parcours m’a appris une leçon essentielle. Au lycée et à l’université, j’ai appris la discipline intellectuelle et le goût du travail acharné. Dans la haute finance, j’ai compris que la crédibilité vient d’une rigueur absolue dans la gestion. En intégrant l’administration publique, j’ai mesuré l’importance de l’intégrité, de la transparence et de la redevabilité.

Mon style de leadership repose sur trois piliers : exemplarité, rigueur et humilité. Les défis rencontrés, qu’ils soient liés aux résistances, aux contraintes structurelles ou à la gestion de projets complexes, m’ont toujours poussée à m’appuyer sur le professionnalisme et la maîtrise des dossiers.

DOLON : Pouvez-vous nous rappeler la mission principale de la Direction Générale du Patrimoine Bâti Public en Guinée ?

Souadou Baldé : La DGPBP est chargée de gérer, entretenir, sécuriser et valoriser l’ensemble du patrimoine immobilier de l’État guinéen.Elle assure le suivi technique, administratif et financier des infrastructures publiques, veille à leur conservation, et met en œuvre des projets de réhabilitation ou de construction, dans une perspective de durabilité et de modernité via la digitalisation des processus, la mise en place d’un système intégré de gestion (GEPABE), des outils de contrôle automatisés, et le renforcement des capacités du personnel. Elle garantit la transparence et la reddition de comptes, avec des audits réguliers, un Manuel de Contrôle Interne aligné sur les normes internationales (COSO, ISO 31000) et des rapports publics.
Enfin, elle accompagne la décentralisation en collaborant avec les collectivités locales pour une gestion partagée du patrimoine à l’échelle régionale et nationale, conformément aux principes de la nouvelle Constitution.
Cette mission est au cœur de la bonne gouvernance et du service public : elle accompagne les politiques nationales, facilite l’administration de terrain et soutient le développement socio-économique par le biais d’infrastructures fiables

DOLON : Comment le Patrimoine Bâti Public contribue-t-il au développement économique et social du pays ?

Souadou Baldé : Un patrimoine public bien géré est un atout stratégique pour l’économie nationale :

  • Il garantit un cadre de travail fonctionnel pour les administrations.
  • Il préserve la valeur des biens immobiliers de l’État, réduisant ainsi les coûts de remplacement.
  • Il soutient l’emploi local à travers les chantiers de construction et de rénovation.
  • Il participe à l’attractivité du pays pour les investisseurs et partenaires internationaux.

Tout cela influe directement sur la qualité de vie des citoyens et la performance de l’État. De plus, la valorisation de ce patrimoine favorise l’investissement public et la construction durable de l’environnement urbain, avec des retombées économiques.

DOLON : Comment votre institution assure-t-elle la qualité, la durabilité et la modernité des infrastructures publiques ?

Souadou Baldé : Nous avons mis en place des outils de gouvernance modernes :

  • Un Manuel de Contrôle Interne digitalisé pour renforcer la transparence.
  • Le GEPABE, un système intégré de gestion du patrimoine bâti.
  • Des procédures d’évaluation régulières pour assurer la conformité aux standards de sécurité et de durabilité.
  • Nous comptons privilégier également des matériaux et techniques de construction qui garantissent la longévité des ouvrages, tout en intégrant la dimension environnementale.
  • Et nous nouons des partenariats techniques avec des administrations spécialisées (ministères, collectivités) et des experts privés pour garantir qualité et conformité.

DOLON : De quelle manière travaillez-vous avec les autres institutions publiques et le secteur privé pour atteindre vos objectifs ?

Souadou Baldé : Notre action repose sur la concertation et la synergie :

  • Avec les institutions publiques, nous coordonnons la planification et le suivi des projets.
  • Avec le secteur privé, nous engageons des partenariats techniques, notamment avec des entreprises locales. Cela nous permet de mutualiser les compétences.

DOLON : Quels défis spécifiques rencontrez-vous en tant que femme dirigeante dans le secteur du patrimoine bâti ?

Souadou Baldé : Les défis sont parfois liés aux perceptions. Il faut constamment prouver que la compétence n’a pas de genre.
C’est un environnement exigeant, où il faut concilier rigueur technique, diplomatie institutionnelle et leadership humain. Ma réponse a toujours été la même, laisser parler le travail et démontrer, par des résultats, la légitimité de notre position.

DOLON : Comment assurez-vous la bonne gouvernance, la transparence et la performance au sein de votre direction ? 

Souadou Baldé : Nous avons instauré des procédures claires en documentant toutes les étapes de gestion du patrimoine. Nous effectuons des audits internes réguliers et procédons à une digitalisation progressive de nos processus. La transparence et la redevabilité sont des principes non négociables, car elles renforcent la confiance des citoyens et des partenaires. Enfin, nous tenons à renforcer la culture de la performance : indicateurs clairs, suivis réguliers et éthique dans chaque décision.

DOLON : Quel message souhaitez-vous adresser aux Guinéens pour qu’ils s’approprient et préservent leur patrimoine ?

Souadou Baldé : Le patrimoine bâti public est un héritage commun. C’est un bien appartenant à tous les Guinéens.
Il appartient à chacun de le préserver, car chaque bâtiment, chaque infrastructure représente un investissement national. Protéger ce patrimoine, c’est contribuer à la dignité et au progrès de notre pays. Notre pays est digne d’avoir des infrastructures modernes, décentes, fonctionnelles, bien entretenues et qui rapportent à l’Etat. Je les invite donc à être vigilants, à empêcher les détériorations, à respecter les espaces publics et à participer à la vie citoyenne autour de ces patrimoines. 

DOLON : En quoi votre action impacte-t-elle directement le développement économique et social de la Guinée ? 

Souadou Baldé : En garantissant la fonctionnalité et la modernité des infrastructures publiques, nous facilitons le travail de l’administration, nous soutenons l’activité économique et nous améliorons les conditions de vie des citoyens.
Un patrimoine bâti bien entretenu réduit les dépenses de reconstruction, libère des ressources pour d’autres projets et garantit des services publics accessibles et durables. Cela participe à la stabilité, à la confiance des investisseurs et à l’amélioration du cadre de vie des citoyens.

DOLON : Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes femmes qui veulent assumer des responsabilités de haut niveau ?

Souadou Baldé : Je leur dirai : soyez ambitieuses, disciplinées et persévérantes. Formez-vous sans relâche, gagnez en compétence et en confiance, mais surtout ne laissez jamais personne vous faire douter de votre légitimité. Les contraintes sont là, mais chacun doit regarder les résultats plutôt que les obstacles. Entourez-vous de personnes qui vous élèvent, et n’acceptez jamais que l’on définisse vos limites à votre place. Travaillez avec excellence et intégrité : vous contribuerez à changer positivement les choses, à briser le plafond de verre. La clé, c’est l’excellence alliée à l’intégrité. Ce sont ces valeurs qui ouvrent les portes et qui forgent une carrière durable.