Selon l’UNFPA, en Guinée, près de 28% des filles de 20 à 24 ans sont mariées avant l’âge de 18 ans. Mais en 2024, 99,66% des filles scolarisées sont restées en classe, échappant ainsi au mariage d’enfants, grâce à des initiatives telles que le projet SWEDD. Cependant, ces progrès demeurent fragiles. Les mariages précoces et les grossesses non désirées continuent de priver bon nombres de filles de leur droit à l’éducation, à la santé et à l’autonomie, limitant aussi leurs perspectives d’avenir.
En Guinée, de nombreuses jeunes filles sont privées d’un droit fondamental, celui de décider librement de leur corps et de leur avenir. Elles se retrouvent entre silence et résignation. Pourtant derrière ces destins fragiles, une génération s’élève et réclame le Droit de choisir.
A Hafia, un quartier de la banlieue de la capitale Conakry, Sokhona (nom volontairement donné à la jeune fille), âgée de 16 ans, vit un calvaire moral. Au détour d’une ruelle poussiéreuse et assise dans un coin, elle contemple avec regret les filles de son âge dans l’insouciance totale.
Regard perdu, elle ne sait plus à quel saint se vouer depuis qu’elle a découvert sa grossesse par imprudence. Ses robes et ses munis jupes dorment désormais au fond de son placard.
« J’avais entendu parler de contraception. Mais, j’ai eu peur de me rendre dans un centre de santé pour me renseigner sur les différentes méthodes contraceptives. J’avais eu honte d’être jugée par les sages-femmes. Car, ici on me dit souvent que je suis trop jeune pour commencer le sexe. Chez nous, la sexualité est un sujet tabou », dit-elle avec regret.
En quelques mois, avec sa grossesse, ses rêves d’études se sont envolés. Mais, l’histoire de Sokhona n’est pas un fait isolé. De nombreuses adolescentes comme elle sont confrontées à une situation identique à la sienne.
Témoignages d’un quotidien silencieux
Les récits de jeunes filles recueillis lors d’une enquête mettent en lumière une réalité dure qui pousse la plupart dans le silence.
C’est le cas d’Oumou, 18 ans: « J’avais besoin d’aide, mais je n’osais pas aller au centre de santé. On dit que les infirmières te jugent, que tout le quartier saura. Alors je me suis tue. » Son silence a duré des mois, jusqu’à ce que sa situation devienne intenable.
De son côté, Diarraye 15 ans et mariée de force, raconte son abandon scolaire alors qu’elle était en 8e année pour rejoindre un mari polygame qu’elle ne connaissait pas. « Je savais très bien tresser et je voulais étudier, mais on m’a dit qu’une fille de mon âge devait déjà fonder une famille », se rappelle-t-elle.
Ces témoignages ci-dessus montrent la dure réalité de certaines adolescentes en Guinée. Elles ne sont ni écoutées ni accompagnées, alors qu’elles portent en elles l’espoir d’une génération à protéger.
Pourquoi ces filles n’ont-elles pas accès aux informations et aux services qui pourraient changer leur vie ?
Les rapports de Plan International et de l’UNICEF sont clairs. Il s’agit entre autres de l’absence d’éducation sexuelle complète à l’école, des tabous culturels et religieux qui empêchent les discussions au sein des familles, du manque de services adaptés aux jeunes, de la stigmatisation sociale.
D’ailleurs, même quand des structures existent, elles restent mal connues ou peu accessibles. À cela s’ajoute le poids du regard social. Par exemple, une fille qui demande des informations sur la contraception est souvent perçue comme dévergondée. C’est pourquoi la plupart préfère se taire.
Par contre, certaines jeunes filles ont le courage d’exprimer leur ras-le-bol face à cette réalité. C’est le cas de Fatou, une adolescente résidante à Sonfonia nous confie : « Je ne veux pas qu’on décide à ma place. Je veux qu’on m’écoute, qu’on me conseille, mais que le choix final soit le mien. » Ce témoignage résume l’essence même de ce combat, il ne s’agit pas seulement de santé, mais de dignité, d’égalité et de liberté.
Une société guinéenne partagée entre tradition et modernité
D’un côté, une société attachée à ses valeurs et soucieuse de préserver une certaine image de la féminité et de l’autre, une jeunesse qui réclame le droit de choisir son avenir, sans honte ni peur.
L’accès à la santé sexuelle et reproductive n’est pas qu’une question d’information. Il s’agit aussi de moyens. Dans certaines zones rurales de notre pays, les centres de santé sont éloignés, mal équipés et les contraceptifs hors de prix pour une adolescente sans ressources. Une sage-femme de Kankan, citée dans un rapport d’Amnesty International, explique : « Beaucoup de jeunes filles viennent en cachette aux centres de santé, souvent tard le soir, mais repartent sans rien. Elles ont peur d’être vues, ou n’ont pas de quoi payer. »
Ce défi d’accès renforce les inégalités. Car une société qui refuse à ses jeunes filles le droit de décider de leur corps leur refuse aussi la possibilité de construire un avenir meilleur.
Or, en Guinée, le droit de choisir reste encore un privilège réservé à quelques-unes, alors que subir demeure la règle pour la majorité. Mais derrière les murs du silence, une génération de filles et de garçons commence à élever la voix.
Et si demain, la Guinée décidait enfin de briser le tabou ?
Bountouraby SIMAKAN