Depuis plusieurs décennies, la Guinée s’impose comme l’un des acteurs incontournables du secteur minier en Afrique de l’Ouest. Riche d’immenses réserves de bauxite, d’or, de fer et de diamants, le pays attire les convoitises des investisseurs internationaux, tout en tentant d’assurer une meilleure redistribution des richesses pour son développement.
Une puissance mondiale de la bauxite
Avec plus d’un tiers des réserves mondiales de bauxite, la Guinée s’est hissée au rang de deuxième exportateur mondial de ce minerai, clé dans la production de l’aluminium. Des géants miniers comme Rusal, SMB-Winning Consortium et Alcoa-Rio Tinto opèrent dans le pays, bénéficiant d’un sous-sol exceptionnellement riche. En 2023, la production guinéenne de bauxite a dépassé les 100 millions de tonnes, un chiffre en constante augmentation.
L’essor du secteur a notamment été porté par la forte demande chinoise, Pékin absorbant plus de 60 % des exportations guinéennes. Toutefois, cette dépendance au marché asiatique pose la question de la diversification des débouchés et du développement d’industries locales de transformation. Le gouvernement guinéen, sous l’impulsion de la junte militaire au pouvoir depuis 2021, a ainsi imposé aux compagnies minières d’accélérer la construction de raffineries d’alumine sur le sol national.
L’exploitation de fer et les promesses du Simandou
Outre la bauxite, la Guinée détient l’un des plus grands gisements de fer non exploités au monde : le Simandou. Situé dans la région forestière du sud-est du pays, ce projet a longtemps été au centre de batailles juridiques et économiques entre multinationales et autorités locales. Aujourd’hui, un consortium composé du chinois Chinalco, de l’australien Rio Tinto, et de l’État guinéen œuvre à son développement.
Le projet Simandou est stratégique pour la Guinée : il pourrait propulser le pays au rang des principaux exportateurs mondiaux de fer, générant des milliards de dollars de revenus annuels. Mais la construction des infrastructures nécessaires, dont un chemin de fer de plus de 650 kilomètres reliant les mines au futur port en eaux profondes de Moribayah, reste un défi de taille.
Un secteur aurifère en plein essor
Bien que souvent éclipsé par la bauxite, l’or représente une autre manne importante pour l’économie guinéenne. Des entreprises comme AngloGold Ashanti et Siguiri Gold Mine exploitent d’importants gisements, notamment dans la région de Siguiri. En parallèle, l’orpaillage artisanal continue d’occuper une part significative du marché, bien que son encadrement reste un défi pour les autorités.
En 2023, la Guinée a produit environ 70 tonnes d’or, un chiffre en progression grâce à la stabilisation du cadre réglementaire et à l’afflux de nouveaux investisseurs. Cependant, la contrebande et la fraude fiscale sur l’or artisanal privent l’État d’une part non négligeable des revenus potentiels du secteur.
Une régulation plus stricte et des défis environnementaux
Le régime du général Mamadi Doumbouya a affiché sa volonté de reprendre le contrôle des ressources minières. Depuis son arrivée au pouvoir, plusieurs réformes ont été entreprises pour renégocier les contrats miniers, renforcer la participation de l’État et exiger une meilleure prise en compte des normes environnementales et sociales.
Car si le secteur minier est un moteur de croissance, il est aussi synonyme de défis environnementaux : déforestation, pollution des cours d’eau, destruction des terres agricoles et expropriations inquiètent les communautés locales. Face aux tensions récurrentes, le gouvernement tente d’imposer des obligations plus strictes en matière de responsabilité sociale des entreprises.
Quel avenir pour le secteur minier guinéen ?
L’avenir du secteur dépendra de la capacité du pays à valoriser ses ressources au-delà de l’exportation brute des minerais. L’accélération des projets de raffineries, le développement des infrastructures et une meilleure redistribution des richesses sont autant de défis à relever pour que l’exploitation minière devienne un véritable levier de transformation économique.
Si la Guinée parvient à attirer de nouveaux investisseurs tout en garantissant un cadre juridique stable et transparent, elle pourrait s’imposer comme l’une des principales puissances minières du continent. Mais pour cela, une équation reste à résoudre : comment concilier exploitation intensive et développement durable ?